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Un regard

Les étiquettes : ces identités qui collent à la peau

Les étiquettes et nous

Lire en musique (Shawndrell, Save yourself) :

Dans cet article, on va parler de bocaux et d’étiquettes pour aller questionner ces identités qu’on trimballe parfois sans même s’en rendre compte. Pour le meilleur ou pour le pire.

Les étiquettes, des définitions qui viennent souvent de l’enfance

C’est un sujet qui m’a toujours à la fois fascinée et agacée. Une étiquette, c’est ce qu’on attache autour des bocaux ou des vêtements, pour bien indiquer au client de quoi il s’agit : qu’est-ce que c’est, comment ça se présente.

Nous les êtres humains, on fonctionne un peu pareil. On a tous une ou plusieurs étiquettes attachées autour du cou. Ça nous permet aussi de nous identifier, de nous démarquer des autres ou de nous fondre dans la foule. Surtout, ça nous aide à entrer dans des cases et à devenir un être reconnaissable parmi le flow humain.

« Elle, c’est la fille timide ».

« Moi je suis douée en sciences ».

« Je ne sors qu’avec des gens fréquentables ».

Etc.

Etiquettes et identités

Plus jeune, ce sont en général les adultes qui décident pour nous ce que diront nos étiquettes au reste du monde : dans quoi on est doué.e, à quoi on ressemble, ce qu’on aime bien faire, ce qu’on a le droit de faire ou non. Quand ce ne sont pas nos camarades d’école.

Les gens ont une manière de nous voir, qui finit par nous coller à la peau.

Parfois, ces étiquettes nous rassurent, nous plaisent même : être la fille stylée, la personne intelligente ou débrouillarde, ça en jette. D’autres fois, elles peuvent devenir pesantes. 

C’est ce que ressent Nadia Caldo au début de Rêveries, le tome 1 de mon roman fantastique Au-delà des bornes. Elle a très envie de vivre une aventure, d’avoir une vie un peu plus mouvementée, sans pour autant oser aller au bout de ses idées : elle se sait craintive, timide, trop sage même pour agir en dehors des règles parentales. Fabio, son voisin d’un an plus âgé qu’elle, n’a pas de problème à traverser l’inquiétante forêt du quartier et à y construire des cabanes. Mais ça n’a rien de surprenant, parce qu’il est débrouillard, agile, audacieux. 

Tu vois le schéma ?

Nadia se voit d’une certaine façon et elle voit Fabio d’une autre. Ce qui leur crée deux réalités différentes, en apparence inconciliables : le quotidien très calme et sage de Nadia VS le quotidien varié et excitant de Fabio.

Et cette étiquette de fille sage commence à lui peser. Nadia est énervée de ressentir des envies qui ne collent pas avec son identité. Elle sent que quelque chose cloche à ce niveau-là. 

Mais comment faire pour concilier les deux ? 

Pour Nadia, la réponse va être de forcer le passage. Aller au-delà de son étiquette et de la réalité que ça génère, pour découvrir autre chose. 

Nadia et les étiquettes, Rêveries, Au-delà des bornes tome 1

Les personnages principaux d’Au-delà des bornes sont des enfants puis des adolescents (du tome 1 au tome 3). Je sais que certains lecteurs adultes ont du mal à s’identifier à de jeunes héros, parce que leurs préoccupations ne seraient plus les mêmes. 

Cela dit, je ne pense pas que ce soit entièrement vrai. Tout simplement parce que c’est dans l’enfance que se forgent énormément de paradigmes, qui vont conditionner notre vie d’adulte : nos croyances, notre identité, nos barrières, nos peurs, nos rêves et notre manière de les étouffer ou non, notre relation aux autres etc.

Alors, vivre les aventures de jeunes héros, c’est connecter émotionnellement avec ce qui, en soi, s’est installé pendant l’enfance, a continué à peser sur nos épaules, a alimenté nos croyances limitantes. C’est rencontrer à nouveau notre réalité d’enfant et avoir l’opportunité d’en faire quelque chose d’encore plus magique, libéré du poids du passé.

Choisir ce qu’on en fait 

D’ailleurs, la façon dont Nadia se voit elle-même et son voisin Fabio n’est pas différente de la manière dont on se voit entre nous, au quotidien. La vie est une grande pièce de théâtre où chacun joue un rôle attendu… jusqu’à ce que quelqu’un tombe le masque.

Je vais te donner un exemple avec mon vécu : plus jeune, j’étais timide en classe. Je n’aimais pas prendre la parole ni prendre de décision (sauf quand de l’art était impliqué : là, je prenais les commandes sans trop réfléchir). Du coup, on a fini par me cataloguer de « fille timide » et moi, j’ai fini par accepter cette réalité en respectant fidèlement mon rôle et ses conséquences : je me tais quand j’ai une idée ou une réponse à une question posée, on ne me concerte pas quand il faut choisir et décider, j’esquisse des sourires gênés aux inconnus. 

Cette étiquette m’a longtemps pesé, car je le trouvais ringarde. Mais j’avais beau me débattre, je n’arrivais pas à m’en défaire. Je pouvais la lire dans les yeux des autres. Et la facilité avec laquelle je quittais cette étiquette quand il fallait créer quelque chose ne m’a pas surprise plus que ça : je me racontais que j’étais douée pour créer des histoires, donc ça ne comptait pas.

Des années plus tard, je pars trois mois au Costa Rica apprendre l’espagnol dans une école de langue. À la fin du cursus, notre professeur nous demande de présenter un feedback de notre expérience devant toute l’école, en guise de cérémonie de départ. Mes camarades froncent les sourcils, ça n’enchante personne haha. Par réflexe, je fais ma moue de timide en mode « oulala pas moi, ça me fait peur ». C’est là que mon professeur écarquille les yeux en me regardant : « mais toi tu n’es pas timide ?! ».

Je me souviens l’avoir fixé un moment, incapable de croire ce que j’entendais. Peu à peu, je me suis revue en classe, ravie d’être là, participant spontanément, répondant aux questions. Et il avait raison : au Costa Rica, je n’étais pas timide. Et personne ne s’attendait à ce que je le sois. J’étais cette étudiante enchantée d’apprendre l’espagnol, de prouver qu’elle apprenait facilement (coucou l’ego haha), de découvrir un nouveau pays.

Faire attention ?

Tu vois, les étiquettes ont beaucoup de pouvoir, parce qu’elles façonnent notre réalité, pour le meilleur ou pour le pire. On peut les utiliser à notre avantage, en choisissant celles qui nous font du bien et en remplaçant celles qui ne nous conviennent plus, tout comme on peut s’en faire une excuse pour se construire une vraie prison infranchissable.

Nadia va en faire l’expérience.

On en passe tous/toutes par là.

Sans toujours réaliser qu’une étiquette n’est rien de plus qu’un élastique passé autour d’un bocal.

*

As-tu conscience des étiquettes que tu portes autour du cou ?

Te font-elles du bien ?

«

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